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L’artiste René Derouin : un continentaliste sans frontières

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Nous vous invitons à découvrir la capsule vidéo sur René Derouin présentée sur le site La Fabrique culturelle dans le cadre de la série Un artiste, une œuvre, qui propose une rencontre avec 33 artistes du Québec.

Nous vous présentons également ci-dessous quelques extraits de l’entrevue accordée par René Derouin au journal Ensemble.

Artiste en quête de territoire identitaire : entretien avec René Derouin

À une époque où environnement et identité demeurent en péril, Ensemble s’est entretenu avec l’artiste multidisciplinaire de réputation internationale René Derouin qui, depuis 60 ans, explore les notions de territoire et d’identité. Après deux décennies d’un symposium d’art in situ marquées par le succès, l’octogénaire sillonne désormais ses terres intérieures.

René Derouin, parlez-nous de votre parcours.

Je suis un observateur de la nature. Le problème, c’est que je ne sais pas quoi prendre d’elle. Est-ce que je fais l’ensemble du paysage ? La montagne en face, comme Cézanne ? Un arbre, une feuille, ou l’intérieur d’une feuille ? Je suis incapable de me décider. Je place et déplace les choses et je laisse faire le temps. Les jours passent, puis un matin, je trouve l’œuvre terminée.

Je suis un instrument de l’art. La beauté du monde est trop grande pour que je puisse la choisir.

Votre attachement au territoire est viscéral.

Je me suis toujours considéré comme un continentaliste sans frontières, mais avec une culture. Ma culture étant menacée, c’est troublant. En tant qu’artiste, c’est mon interrogation à l’heure actuelle. Est-ce que je serai le seul à survivre ? Est-ce qu’on ne sera qu’une petite poignée ? On va être en voie de dépréciation, de décadence.

Les anthropologues le disent : les peuples qui ne s’affirment pas finissent dans l’alcoolisme et la déchéance. C’est ce qu’on vit actuellement. Une perte d’identité, une perte des valeurs, une télévision complètement stupide. Je ne peux plus supporter le rire des gens. Ils rient de leur malheur, de leur non-être. C’est une névrose collective.

Nous les artistes, on défend des valeurs. Mais nous sommes marginalisés dans une société qui s’en va ailleurs. On reste solitaire de notre art.

Justement, qu’est-ce qu’un artiste ?

Ce qui définit l’artiste, c’est qu’il est beaucoup dans le silence et dans l’observation. Et cet état-là permet de transmettre ce que l’on voit. Il n’y a jamais personne qui a inventé la musique. Le compositeur, c’est quelqu’un qui devient attentif à la musique et il l’écrit. Moi je suis un transmetteur. Je suis à l’écoute de quelque chose qui existe. Cette écoute-là est possible pour tout le monde.

Vous avez souvent pris position en faveur d’une meilleure intégration de l’art au sein des communautés, à commencer par la vôtre. La culture est-elle la planche de salut des régions ?

La culture est la planche de salut pas seulement des régions, mais la seule voie face à la société de consommation, qui menace notre identité, nos valeurs et la civilisation elle-même.

J’ai un malaise avec le fait que notre société se met au rencart très vite. Au Québec, on tablette les artistes à 60 ans.

Donnez-nous votre définition de l’art.

Faire de l’art, c’est chercher à travers la spiritualité une vision intérieure de l’être. Pourquoi sommes-nous ici ? Pourquoi fait-on ce que nous faisons? Il n’y a pas de retraite dans ça. Ce n’est pas une carrière, ce n’est pas un métier, c’est une façon d’être. Tu n’es pas la moitié d’un artiste ou un artiste le soir ou la fin de semaine. L’art est la seule préoccupation de ma vie et c’est ma survivance.

Parlez-nous de Rapaces et de ce qui entoure ce nouveau projet.

Rapaces* est un aboutissement de ma préoccupation. J’avais fait l’aigle de la mondialisation avant. C’était l’aigle emblématique du pouvoir.

Je me suis inquiété un moment en me disant : « Est-ce que je suis en train de faire de l’art politique ? »

On vit dans un monde de rapaces. On l’a vu avec le développement de l’argent dans les paradis fiscaux. Nos hommes politiques le savent et ne le dénoncent pas parce qu’ils sont eux-mêmes inscrits dans ce système de rapacité-là. L’État se rapetisse et les multinationales grossissent. La rapacité est normale chez les oiseaux de proie mais pas sous l’idéologie politique, une idéologie imposée à travers la mondialisation qui veut que les états disparaissent. L’identité va disparaître et on va devenir que des consommateurs. Et ça va au-delà des nations. C’est la destruction des cultures. Nous sommes des nuisances pour les multinationales. Ce qu’ils veulent, c’est des consommateurs. Lire le texte intégral

* L’exposition Rapaces comprend vingt-cinq œuvres réparties sur trois sites.

Source : Ensemble

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