Bulletins et communiqués

Idées

Sortir de la peur pour construire le Québec de demain

13 février 2017  |  Aucun commentaire

Voici le communiqué publié par le Centre justice et foi à la suite de l’attentat perpétré dans la grande mosquée de Québec le 29 janvier dernier. Le Centre justice et foi est un centre d’analyse sociale qui pose un regard critique sur les structures sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses. Il publie la revue Relations et organise différentes activités publiques, notamment les Soirées Relations. Son secteur Vivre ensemble développe une expertise sur les enjeux d’immigration, de protection des réfugiés ainsi que sur le pluralisme culturel et religieux.

Il nous (Les Arts et la Ville) semblait pertinent de faire circuler la position de ce centre d’analyse québécois indépendant et sérieux et de rappeler à quel point la culture doit être prise en compte dans la réflexion sur le « vivre ensemble » et l’élaboration de politiques en ce domaine. Rappelons l’expérience de nombreuses villes à travers le monde, dont celle de Vaudreuil-Dorion au Québec, qui ont eu l’audace et l’intelligence de miser sur la culture pour favoriser le rapprochement et la rencontre des citoyens (dans toute leur richesse et leur diversité), faisant du coup un pied de nez à la peur et à la violence, symptômes de l’ignorance.

Après le terrible attentat ayant fait au moins six morts dans la ville de Québec le 29 janvier dernier, Mohammed Yangui, président du Centre culturel islamique de Québec, avait comme principale et légitime revendication que soit assurée la protection de sa communauté. Un appel partagé par plusieurs de nos concitoyens et concitoyennes de confession musulmane, et qui dépasse largement l’acte haineux dont certains viennent d’être victimes.

Cette peur ressentie n’est pas nouvelle, même si la tuerie de Québec nous a fait basculer au-delà d’une limite que nous aurions souhaitée infranchissable au Québec. Elle a été attisée par plusieurs événements survenus ici et ailleurs depuis déjà une quinzaine d’années. Cette peur a des répercussions bien réelles dans la vie d’hommes et de femmes pour qui la foi et la pratique religieuse sont importantes, autant que dans celles de personnes qui, tout en étant non croyantes, sont perçues comme telles. Marginalisation, climat de suspicion, agressions verbales et physiques, discriminations de toutes sortes ont même forcé certaines et certains à cacher leur appartenance musulmane pour éviter la stigmatisation.

Des personnes non musulmanes expriment aussi leur peur et leurs inquiétudes face à ces événements dont les véritables causes sont complexes et souvent délibérément cachées. Cela rend malheureusement plusieurs individus réceptifs aux solutions expéditives qui tiennent de la simplification et s’alimentent au rejet de l’autre. Le récent décret du président Trump sur l’immigration, cité en exemple en réponse aux événements de Québec par son porte-parole Sean Spicer, en est la pire caricature. Cette décision aura des conséquences dévastatrices autant sur le plan de la géopolitique internationale que sur les relations entre les citoyens étatsuniens eux-mêmes.

De nombreuses interventions politiques et médiatiques, depuis dimanche, soulignent le caractère paisible de la ville de Québec où l’improbable vient de se produire. Comme si cela relevait d’une fatalité qui nous dépasse. La tentation est grande de réduire cet acte de violence à un déséquilibre mental chez son auteur, sans approfondir le contexte qui le rend possible. La répétition ad nauseam des termes « terrorisme » et « radicalisme » n’aide pas non plus à saisir correctement la portée de ce que nous vivons. Nous ignorons ainsi d’autres éléments de compréhension qui permettraient aux décideurs politiques et à l’ensemble de notre société de mieux identifier certains enjeux sous-jacents à ce drame. Pourtant, seule une telle profondeur d’analyse nous rendra capable de réagir collectivement adéquatement.

Par exemple, qu’attend-on pour sévir contre les « radio-poubelles », particulièrement nombreuses dans la région de Québec, qui contribuent clairement à la construction de la haine de l’autre – qu’il s’agisse des immigrants ou des femmes ? Leurs effets sur la désinformation ambiante et la détérioration du climat social sont dénoncés par des individus et des groupes, mais cela ne semble pas préoccuper suffisamment nos décideurs ni mobiliser l’opinion publique pour qu’on y mette un frein. Ce contexte vicié constitue pourtant un terreau fertile à l’organisation ou à la résurgence de tendances d’extrême droite que nous feignons d’ignorer. De même, l’acceptation de discours ayant pour finalité d’essentialiser les personnes dites musulmanes à partir de stéréotypes gommant la complexité des identités personnelles et collectives. Le refus de reconnaître en cela l’expression d’une islamophobie réelle, vécue au quotidien par certains de nos concitoyens et de nos concitoyennes, limite notre juste compréhension des mécanismes d’une exclusion sociale pourtant bien documentée par des méthodes d’enquête et de recherches scientifiques et rigoureuses.

Les angoisses persistantes d’une partie de la population, quant à la disparition d’une société qui aurait été, jadis, plus homogène, doivent aussi être entendues. Ce sentiment de perte d’héritage, d’effilochement des liens sociaux et de déclassement socio-économique pose un réel défi à nos démocraties depuis trop longtemps minées par le néolibéralisme.

L’avenir du Québec passera par notre capacité à reconstruire nos liens et notre histoire à partir d’un partage de la richesse, de la parole et du pouvoir qui inclura toutes les composantes de notre société – y compris ceux et celles qui choisissent le Québec dans un processus d’immigration. Cette tâche n’est pas simple, mais elle est possible si nous nous y engageons ardemment et si nous en faisons un véritable projet politique en y mettant les ressources nécessaires.

Nous devons prendre conscience de façon urgente que la peur et le sentiment d’impuissance ont des effets extrêmement délétères sur notre vie collective. C’est pourquoi il faut souligner le fait important que des milliers de Québécois et Québécoises aient exprimé leur refus de cette peur, de cette impuissance et de cette division programmée en participant aux vigiles ou gestes de solidarité proposés dans plusieurs endroits du Québec, et appuyés par de nombreuses personnes à travers le monde.

C’est aussi pourquoi nous devons demander aux décideurs politiques de cesser de remettre aux calendes grecques les actions décisives concernant les discours haineux, l’émergence de groupes d’extrême droite, l’islamophobie réelle, la création d’une commission sur le racisme systémique, la mise sur pied d’initiatives et d’espaces citoyens prenant à bras le corps les défis d’une société pluraliste. Autant de dossiers pour lesquels une action parlementaire et une allocation de ressources, au-delà des divisions partisanes, est urgente.

L’attentat de Québec servira-t-il d’électrochoc afin que soit menée une réflexion en profondeur sur les conditions d’une véritable sécurité pour toutes et tous, et que des actions conséquentes soient prises ? Il faut à tout prix qu’il en soit ainsi.

Source : Centre Justice et foi

L’art donne une profondeur à l’existence

26 janvier 2017  |  Aucun commentaire

Texte de Guylaine Chevarie-Lessard paru dans Le Devoir le 19 janvier 2017 en réaction au texte de Pierre Bourgie, paru dans le même journal le 7 janvier.

C’est pour faire suite à l’inspirante lettre de Pierre Bourgie que je prends à mon tour la parole. Je suis une de ces artistes anonymes, une parmi tant d’autres dont parle monsieur Bourgie dans sa lettre, mais qui n’est pas une artiste établie dont on aurait oublié le nom. Avant d’être artiste, je suis surtout quelqu’un pour qui la culture, autant les arts visuels que le théâtre, la musique, la danse, le cinéma, la littérature, et la réflexion profonde qui l’accompagne sont une nécessité. Cette nécessité vitale est d’abord individuelle, mais elle devrait être aussi collective.

Je ne saurais vivre sans faire de l’art et le travail lent de réflexion qui l’accompagne, sans non plus me nourrir d’autres artistes et penseurs qui m’ont précédée et dont la valeur du travail n’a pas d’abord à voir avec leur réputation, leur nom ou leur renommée. Si les artistes dont parle Pierre Bourgie dans sa lettre, ces Ulysse Comtois, Yves Gaucher, Charles Gagnon, Stéphane Larue, Serge Tousignant et tant d’autres dont on ne parle pas ou plus dans nos médias, dans nos programmes d’art universitaires sont une nécessité, c’est avant tout par la pensée qu’ils appellent, une pensée très proche de la poésie, qui ne saurait se réduire à un discours conceptuel plat et sans envergure.

La pensée de ces artistes oubliés de notre milieu culturel est celle de la subtilité de l’expérience humaine, de ses nuances, de son ambiguïté. Si j’ai besoin du travail de ces artistes, mais j’ajouterais aussi de ces écrivains comme Jean-Pierre Guay, Claude Bertrand et Michel Morin ou encore Anne-Élaine Cliche, sans oublier des critiques d’art comme Jean-Émile Verdier, c’est parce qu’ils m’apprennent à vivre, à exister. Ils m’apprennent à exister par le retrait intérieur qu’ils exigent de moi à l’occasion de la rencontre avec leurs œuvres, le retrait par rapport aux discours convenus, aux idéologies véhiculées non seulement par l’opinion publique et les médias sociaux, mais aussi, j’oserais dire, par nos lieux de diffusion et nos médias traditionnels.

Si l’art fait penser, s’il donne un sens à l’existence, c’est parce qu’il questionne et ouvre un espace de réflexion, d’introspection, et ne donne aucune réponse facile à ces questions : Où allons-nous ? Qui sommes-nous ? Malheureusement, en arts visuels surtout, la réflexion est trop souvent confondue avec un discours emprunté au monde des théoriciens sans cependant toutes les nuances de ces derniers.

Une question essentielle

Pierre Bourgie pose une question essentielle : « Que voulons-nous montrer de nous au reste du monde ? » Collectivement et individuellement, l’élite culturelle et intellectuelle pourrait aussi se poser la question qui sous-tend celle de Bourgie : Quelle est la nécessité, la raison d’être de la culture pour soi et la collectivité ? Y répondre permettrait peut-être de retrouver un certain sens à cette culture qui est devenue, pour reprendre les mots de Philippe Muray, un temps d’inculture. Si le public déserte la culture, celle qui exige de l’individu un effort d’intériorité et de réflexion, c’est peut-être aussi parce qu’on a oublié ce sens de la culture. On ne sait plus comment la culture peut nous aider et nous apprendre à vivre. Si elle nous apprend à vivre, c’est justement en nous éloignant des effets de mode, des grands déploiements « tape-à-l’œil » dont parle Bourgie ou encore de ces œuvres qui provoquent et choquent sans réellement nous remettre en question, c’est-à-dire nous renvoyer à notre condition humaine incertaine et fragile, empreinte de doute, mais qui cherche quelque chose qui ne saurait se réduire à des idées reçues ou à des réponses faciles. L’art est là pour donner espoir, un avenir, sans savoir ce que cet avenir contient. L’art est là pour donner une profondeur à l’existence. La profondeur prend du temps et elle ne peut exister qu’en dialogue avec un passé aussi proche que lointain.

Source : Le Devoir

L’américanité en berne

26 janvier 2017  |  Aucun commentaire

Chronique d’Odile Trembaly parue dans Le Devoir le 14 janvier 2017.

L’autre jour, j’étais chez des amis dans une de ces maisons des pays d’en haut, camouflée au bout d’une allée en cul-de-sac. Seuls voisins, des chevreuils, enfoncés dans la neige à chaque pas ou carrément couchés, agitaient l’oreille pour répondre aux saluts, en gros plan devant la fenêtre.

Sur la table, le livre de Serge Bouchard Les yeux tristes de mon camion, pas lu encore. Les vacances servent aussi aux grandes opérations de rattrapage. Ce recueil de chroniques et d’essais, feuilleté entre deux œillades aux chevreuils, témoignait de l’américanité qui m’entourait avec ses sapins couverts de blanc et ces splendides animaux sauvages.

Il parlait aussi de sa face sombre, celle qu’on reçoit à plein nez. L’élection de Donald Trump semble le symptôme du mal de nos civilisations étouffées par le consumérisme tapageur qu’elles ont enfanté.

L’équipée de Bouchard sur le continent, en Honda, en camion ou en évocation historique, à travers temps et espace jusque chez les défuntes tribus mandanes du sud du Missouri à la beauté décimée, me semblait d’une actualité déchirante.

Un monde désenchanté

Au cours des dernières semaines, des entrevues et des critiques avaient témoigné de la tristesse du chroniqueur anthropologue déçu de son époque et de sa société. Mais si la tristesse et la colère convenaient justement à l’air du temps… « Nous avons désenchanté le monde, perdu le sens de sa beauté, liquidé notre héritage du merveilleux, neutralisé l’efficacité symbolique de nos rapports aux objets, à la vie, à la mémoire », scande-t-il.

N’allons pas reprocher à Serge Bouchard de dénoncer le patrimoine saccagé par une soif de rendement frénétique, au mépris des traces de mémoire et d’une humanité à rescaper. Ces messages-là réclament d’être martelés. Résister, c’est protester.

Le réquisitoire de Meryl Streep à la cérémonie des Golden Globes, contre un Donald Trump ciblant les journalistes, les étrangers, les artistes, n’enfonçait-il pas au fond le même clou d’inquiétude ? On admire le courage qu’a eu l’actrice d’afficher sa dissidence aux États-Unis, lui valant de se faire attaquer par un futur président rageur qui twitte ses blessures sans filtre, comme un adolescent. Même au Québec, nager à contre-courant du grand rire amnésique et rentable devant lequel tant de monde s’incline réclame du nerf.

La course au progrès, les décisions à courte vue et le divertissement à la sauce people inspirent à ceux qui regardent leur boule de cristal de grandes angoisses, pas désincarnées pour deux sous, collées aux dérives environnementales, humanitaires, culturelles et politiques de l’heure.

Serge Bouchard a mal à son américanité à bon droit. Bien candide qui irait lui reprocher de trop activer la sonnette d’alarme. Un autre anthropologue-poète, Claude Lévi-Strauss, voyait, plus de 60 ans avant lui, arriver le jour où « l’arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur ». L’humanité ne tire leçon de rien, faut croire.

À la défense des mammouths laineux

Serge Bouchard est un des seuls intellectuels dûment adoptés par le peuple québécois. Les gens ont lu ses livres et écouté ses émissions, sans doute parce qu’il refuse de poser à l’universitaire et parle avec la voix des habitants du quartier Hochelaga-Maisonneuve qui l’a vu naître, les pieds entortillés dans ses racines, les yeux rivés sur le Stade olympique dans lequel il voit une tortue sacrée.

Depuis le temps que je fréquente ses remarquables oubliés, ses chasseurs innus, ses bestiaires, ses pâtés chinois, son cinéma québécois privé d’autochtones et autres mammouths laineux… Il dévoile cette fois une intimité plus profonde, dans la détresse et l’enchantement, pour employer le langage de Gabrielle Roy.

Et d’enfourcher avec sa prose le grand Mack rouge et rondouillard auquel il fait ses adieux, faute de jambes désormais assez fortes pour y grimper : « Mon camion a les yeux d’un hibou et le front d’un ours, dit-il en berçant sa monture de mots d’amour, c’est un ours qui fume. Sa pipe est en fer. Ses pantoufles en robbeur sont d’un noir propre et tranchant, elles roulent sur du blanc. »

Ici, tous les débats en cours autour du fait religieux à enseigner ou pas sortent de leurs cases étroites pour entrer là où les espaces intérieurs riment avec une vision élargie du monde. Hors des dogmes et des embrigadements, ces dimensions redeviennent une aspiration au merveilleux, des remparts contre le matérialisme triomphant, des repaires culturels, historiques et poétiques à transmettre, sous peine d’assèchement intérieur.

« Quand le dernier vieux loup hurlera son ultime prière au ciel, nous entendrons pour une dernière fois la note aiguë de l’âme sacrée de bois », écrit-il. Ça change des tweets de Trump.

Bouchard, qui se méfie des élites, tout en y participant malgré lui, un pied dans chaque monde, embrasse le point de vue de ceux qui défendent l’art dit savant — devenu à son tour un mammouth laineux — contre son danger d’extinction.

Et le plaidoyer pour l’art de Pierre Bourgie dans la page Idées du Devoir du 7 janvier dernier, s’alarmant du peu de reconnaissance accordé aux artistes authentiques jugés élitistes par plusieurs médias québécois au service du divertissement, fait écho aux siens comme à celui de Meryl Streep, chacun dans ses mots.

Serge Bouchard, dont la culture européenne n’est pourtant pas la tasse de thé, demande à son tour : « Qu’arrivera-t-il quand cela arrivera, la mort de tout ce que je connais, au profit d’un monde qui n’a rien à faire de mes références ? Qui est Sartre ? Qui est Montaigne ? Qui sont ces gens anyway ? » Et il sent bien que ce jour est déjà arrivé.

« Qui chantera la solitude du goéland perché sur le lampadaire de cet immense stationnement ? », lance l’auteur des Yeux tristes de mon camion, en nous donnant l’envie d’offrir un écho au spleen de cet oiseau.

Source : Le Devoir

Une politique forte de 25 ans d’expertise

12 janvier 2017  |  Aucun commentaire

Extraits du texte de Jacques Laflamme, retraité et ex-sous-ministre adjoint aux politiques de culture et de communications du gouvernement du Québec

L’année 2017 sera celle du renouvellement de la Politique culturelle du Québec. Vingt-cinq ans de mise en œuvre d’une politique qui aura permis d’inscrire le gouvernement du Québec à l’avant-garde des sociétés modernes en matière de développement culturel.

Témoin privilégié depuis plus de 30 ans au sein du ministère de la Culture et des Communications (MCC), je constate avec joie que le Québec connaît aujourd’hui une vie culturelle créative et dynamique appuyée par un réseau d’organismes publics qui s’est consolidé de façon remarquable tout au long du dernier quart de siècle. Pensons notamment à la création du Conseil des arts et des lettres du Québec, de la Société de développement des entreprises culturelles et de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Aussi, un nombre important de politiques sectorielles sont venues définir les grandes orientations et les objectifs de l’action gouvernementale du Québec en culture.

Cette prise en main s’est faite de concert avec les milieux artistiques et culturels et en tenant compte des préoccupations citoyennes en culture sur le territoire. La pertinence et l’impact des politiques gouvernementales du Québec démontrent sans conteste sa capacité d’être maître d’œuvre de sa destinée en matière culturelle. Ce n’est pas un constat négligeable !

Cul-de-sac

« Maître d’œuvre », voilà, l’expression est lancée ! Souvenons-nous en 1992 des propos de l’ex-ministre québécoise de la Culture Liza Frulla, qui disait en introduction de la Politique culturelle du Québec : « Dans le contexte constitutionnel présent, comme ministre des Affaires culturelles, j’entends réaffirmer la nécessité pour le Québec d’obtenir la maîtrise d’œuvre en matière culturelle sur son territoire. La culture revêt pour le Québec une importance fondamentale. À ce titre, il importe qu’on reconnaisse à son gouvernement les pouvoirs exclusifs qui lui sont nécessaires pour assumer ses responsabilités. »

Voilà donc sans équivoque l’esprit de la politique culturelle du Québec en 1992. [...]

Depuis, malgré les avancées manifestes découlant de la mise en œuvre de cette politique, qu’en est-il des engagements concernant la maîtrise d’œuvre du Québec en culture ? Le bilan est moins concluant [...].

Politiques parallèles

Si le constat se limitait à cet aveu d’impuissance des gouvernements successifs en la matière, cela serait déjà beaucoup… mais il y a plus. Dans l’environnement numérique qui caractérise le développement culturel aujourd’hui, avoir les compétences législatives dans le domaine des communications est essentiel.

Mais voilà, le Québec n’a aucune maîtrise sur les politiques des communications, sans parler de sa dépendance du fédéral sur les questions entourant les droits d’auteur. De plus, le gouvernement fédéral a entrepris l’élaboration de sa première politique formelle en culture à la suite de consultations, mais paradoxalement le gouvernement du Québec n’est aucunement interpellé directement par cette consultation. Deux démarches parallèles, deux solitudes, une seule échéance 2017, comme si tout cela ne concernait pas la même société québécoise…

On conviendra qu’il est particulier qu’en cette même année 2017 le gouvernement fédéral dévoile, en toute souveraineté et en toute indépendance, sa première politique formelle en culture ; pour sa part, le gouvernement du Québec renouvellera sa politique culturelle après 25 ans de mise en œuvre. Particulier surtout parce que, en raison des leviers dont le fédéral dispose par son important pouvoir de dépenser et les nombreux leviers législatifs dont il dispose, il influencera de façon évidente les grandes orientations et l’environnement culturel du Québec pour la prochaine décennie. La politique fédérale aura pour effet d’encadrer dans bien des domaines l’action du gouvernement du Québec en culture, d’alimenter les dédoublements d’interventions et de favoriser les incohérences dans les actions gouvernementales.

Pour fêter pleinement les 25 ans de la Politique culturelle du Québec et ouvrir sur l’avenir, alors que le Québec a fait la preuve manifeste de sa compétence en matière culturelle de concert avec les milieux artistiques et culturels, il faudrait de toute évidence une nouvelle stratégie appuyée par une volonté affirmée visant à faire du Québec le maître d’œuvre de sa destinée en culture.

Source : Le Devoir

Publication du deuxième numéro de THEMA. La revue des Musées de la civilisation

14 avril 2015  |  Aucun commentaire

Le deuxième numéro de THEMA. La revue des Musées de la civilisation, qui vient de paraître, porte sur la représentation et la place de la science dans les musées. En effet, « Technè et changement social / Techne and Social Change » (no 2, 2015) met en lumière une variété d’enjeux sociaux liés au savoir technologique et plus spécifiquement aux processus de transmission du savoir technologique et scientifique. La revue est accessible à l’adresse thema.mcq.org.

Les six auteurs rassemblés dans ce numéro proviennent du Québec, des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Espagne, de la France et de l’Italie. Ils explorent les fondements sociaux des technologies de production du savoir, dans une perspective historique et contemporaine.

Le prochain numéro de THEMA, sous le thème « Musées, création, performance » (no 3), paraîtra à l’automne 2015 et abordera la question des rapports entre mémoire, patrimoine et spectacle vivant en contexte muséal, et ce, d’un point de vue tant théorique que pratique.

THEMA est une revue internationale, interdisciplinaire et multilingue, avec comité de lecture, publiée deux fois par année sur Internet par les Musées de la civilisation à Québec.

Source : Communiqué diffusé par les Musées de la civilisation, le 8 avril 2015

Un nouveau numéro de la revue Variations sur un programme inédit de partenariat entre le milieu de la culture et celui de la santé

10 mars 2015  |  Aucun commentaire

reminiscence

Les Musées de la civilisation ont lancé, le 14 février, le dernier numéro de la revue numérique Variations. Ce numéro porte sur le projet Réminiscence, quand le passé aide le présent, un programme lancé par les Musées de la civilisation, en collaboration avec le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Québec-Nord, dans le cadre du Programme culture-santé, appuyé par le plan d’action Québec horizon culture du ministère de la Culture et des Communications du Québec. Ce numéro de Variations, qui répond aux normes d’édition sur l’accessibilité universelle, peut être téléchargé gratuitement à partir du site Web des Musées, à l’adresse suivante : www.mcq.org/variations.

Au moment de sa création, en 2009, ce programme expérimental des Musées de la civilisation s’inscrivait dans le cadre de la démocratisation de la culture et du désir de l’institution de rejoindre des publics ne pouvant y avoir accès pour des raisons d’ordre physique ou cognitif. L’association avec le CSSS de Québec-Nord visait à mettre sur pied un projet de culture-santé qui permettrait aux résidents de centres d’hébergement d’accéder à des ressources culturelles autrement inaccessibles.

Ce numéro de Variations fait le récit fascinant et émouvant de cette expérience inédite et exceptionnelle auprès des personnes âgées, de la réflexion autour du projet, des consultations entreprises avec le milieu, des actions posées ainsi que de la réaction des résidents et des membres de leur famille de même que des membres du personnel et des bénévoles.

La revue entreprend également de raconter les suites du projet. Aujourd’hui, Réminiscence, quand le passé aide le présent est présenté dans plus d’une soixantaine d’institutions à travers le Québec. Il met à la disposition des intervenants auprès des personnes âgées en centre d’hébergement tout un programme d’activités culturelles et historiques qui explorent divers aspects de la vie d’autrefois.

Ce programme, fruit d’un partenariat inédit et exceptionnel entre le milieu de la culture et celui de la santé, a remporté le prix Distinction Partenariat culturel 2014 remis par le CSSS de Québec-Nord.

Créée en mars 2014, la revue Variations jette un regard sur une production muséale foisonnante.

Source : Communiqué diffusé par le gouvernement du Québec, le 13 février 2015
Information sur l’image : Le dernier numéro de la revue numérique Variations porte sur le projet culture-santé Réminiscence, quand le passé aide le présent. (Groupe CNW/Musée de la civilisation)

L’art fait-il grandir l’enfant ?, un essai sur l’évaluation de l’éducation artistique et culturelle

20 janvier 2015  |  Aucun commentaire

livre-lauret

L’éducation artistique vise à renforcer la capacité des élèves à penser et à apprendre par eux-mêmes, à prendre conscience de leur potentiel, à l’accepter et à l’utiliser. – Jean-Marc Lauret

Souvent reléguée après les apprentissages fondamentaux, l’éducation artistique et culturelle ne va pas de soi. Elle est toujours à justifier par ses partisans. Ses objectifs peuvent diverger : réussite scolaire, intégration professionnelle ou épanouissement personnel ? Autrement dit, l’art fait-il grandir l’enfant ?

Dans son essai, Jean-Marc Lauret tire les enseignements des nombreuses recherches (principalement anglo-saxonnes) conduites depuis 30 ans dans le domaine des sciences de l’éducation, de la sociologie et des neurosciences. Plutôt qu’une conception utilitariste, il privilégie une approche qualitative en s’appuyant sur les compétences forgées par l’éducation artistique : créativité, imagination, confiance personnelle, concentration, faculté d’apprentissage, estime de soi, ouverture à l’autre, prise de conscience de son environnement.

Interrogeant la question de l’évaluation dans les politiques publiques, ce livre pose, en fin de compte, les jalons de ce que pourrait être l’évaluation d’une politique d’éducation artistique et culturelle.

Référence
LAURET, Jean-Marc (2015). L’art fait-il grandir l’enfant ? Essai sur l’évaluation de l’éducation artistique et culturelle, Toulouse, Éditions de l’attribut.

Lire un extrait

Source : Site Web des Éditions de l’attribut

L’Islam et l’Occident : biopsies d’un dialogue

20 janvier 2015  |  Aucun commentaire

livre-garon

Préoccupés par les graves tensions entre l’Islam et l’Occident depuis la date phare du 11 septembre 2001, 17 chercheurs issus de 12 pays différents (Algérie, Bénin, Bosnie, Canada, Chine, Iran, Italie, Liban, Maroc, Pakistan, Tchad et Turquie) ont entrepris de réfléchir ensemble, sous la direction du GEPANC (Groupe d’études politiques sur l’Afrique du Nord contemporaine), sur trois grandes questions : qu’est-ce que le dialogue des civilisations ? Comment fonctionne-t-il ? Et pourquoi fonctionne-t-il si mal ?

Définissant le dialogue des civilisations comme une discussion sur la manière de gérer la vie commune de peuples à la fois semblables et différents, les auteurs ont analysé des extraits – des biopsies – de ce dialogue, du Moyen Âge au XXIe siècle.

Premier ouvrage scientifique sur le dialogue des civilisations, L’Islam et l’Occident nous explique comment les rapports séculaires de domination, l’arrogance des acteurs dominants, les sentiments d’impuissance, de colère et de repli identitaire provoqués chez les autres par cette arrogance de même que les complicités entre les élites de l’Occident et de l’Islam, établies au détriment des peuples moins favorisés, ont alimenté les images défavorables des uns et des autres à travers les siècles.

Référence
GARON, Lise, Azzedine G. MANSOUR et El-Mostafa CHADLI (dir.) (2008). L’Islam et l’Occident: biopsies d’un dialogue, Québec, Presses de l’Université Laval.

Source : Site Web des Presses de l’Université Laval

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